Mont Blanc 2006

L’expédition s’est décidée sur un coup de tête… comme d’habitude d’ailleurs.
Au hasard d’une discussion avec mon meilleur pote Nanda, il me transmet son désir d’escalader le Mont Blanc…

Quand j’étais petit, je prenais souvent l’avion pour aller voir mon grand Père à Paris. Je me débrouillais toujours pour m’installer du côté droit de l’avion. Vous vous demandez pourquoi ? Simplement parce qu’au bout de quelques minutes de vol, on aperçoit par beau temps, l’imposante silhouette de ce géant de 4807 mètres !
Le nez collé au hublot de l’appareil, je me suis toujours promis qu’un jour, je foulerais son sommet…

Dès que Nanda m’a parlé du Mont Blanc, ça a fait tilt dans nos deux têtes. On s’est regardé et comme à notre habitude, on s’est serré la main jusqu’à se fracasser les doigts !

 

Vendredi 25 Aout, 10h:

10 jours plus tard, et après pas mal de réservations, le vendredi 25 Août, nous étions sur le départ. Le coffre bien rempli : baudriers, casques, cordes, lampes frontales, barres énergétiques… direction Chamonix !!!

Pour nous rendre là-bas, nous sommes passés par l’Italie (plus rapide, plus court). Plus on s’approchait de notre destination, plus le temps devenait mauvais, nuages gris et petit crachin… En prenant le tunnel du Mont blanc, on espérait de tout cœur que la météo serait radicalement différente de l’autre coté, et en effet, de l’autre côté c’était nuage noir et déluge !!
Donc arrivé à Chamonix à 17h environ. Il fait un temps pourri, il pleut des cordes…L’ascension du lendemain s’annonce mal…
On trouve tant bien que mal notre hôtel, et on monte nos affaires dans la chambre que nous avions réservée : trois mètres sur trois, pas de salle d’eau, juste un évier et un lit deux places…Les toilettes et les douches c’est sur le pallier et honnêtement, vu l’état des douches, on aurait pu chier dedans on aurait pas vu la différence !!! Mais bon, c’est l’aventure, on a bien rigolé !!

18h, rendez vous chez les guides de hautes montagnes de Chamonix. Et oui, pour une première ascension, prendre un guide est plus prudent dirons nous… On rencontre donc Fred, notre guide, très cool. Mais malheureusement, il nous annonce qu’il serait plus prudent de repousser l’expédition d’un jour, à cause de la météo. On se donne rendez vous au téléférique le surlendemain à 8h. Donc un jour de plus à Chamonix et une nuit de plus à l’ « hôtel ». Bon… que-est-ce qu’on fait ? Resto, Baby foot et dodo. A chaque fois que je dors à proximité de Nanda j’ai l’impression de dormir à côté d’une base militaire ou d’un chantier de démolition je ne sais pas trop!!! Mon dieu les ronflements!!! Une horreur!!

La journée du samedi est inutile, il pleut… cloîtré dans la chambre, on s’impatiente… Le soir arrive et on décide de se casser le ventre avec une bonne grosse raclette! Après on file au bowling, deux parties. Ensuite c’est billard puis casino…
Le réveil réglé à 6h30, on s’endort à 2h du matin, la veille d’une activité plutôt bien physique…

Dimanche 8h:

On retrouve Fred. On prend le téléférique, suivi d’un train à crémaillère qui nous emmène au Nid d’Aigle à 2300 mètres. Il y a beaucoup de monde, il fait très beau.

9h30: Dès que le train s’arrête, on sort et on part comme des balles sur le chemin que nous indique le guide. Direction le refuge du Gouter que l’on aperçoit 1500m au-dessus de nous entre les nuages!

Ca fait maintenant 20 minutes que je marche sur un terrain qui ressemble à la lune. Cailloux et rochers gris partout autour de nous. Je me retourne, Nanda est juste derrière moi et le guide est 100 mètres derrière nous (rires). Je suis étonné de voir qu’avec des sacs de 40 litres remplis à mort, on arrive à tenir un rythme de marche hallucinant! Sans doute la motivation et aussi, sans nous vanter, une très bonne condition physique…

A l’altitude 2800, Fred réclame une pose. Il fume une clope (rires). Avec Nanda on s’interroge: A-t-il une condition physique moyenne ou se réserve-t-il pour la suite? Le guide range son mégot dans une petite poubelle de poche. Heureusement d’ailleurs parce que sinon il n’aurait pas fini l’ascension!!

On repart de plus belle. Quelques minutes plus tard on commence à marcher dans la neige et la glace et on chausse donc nos crampons.

Sur notre droite apparait le refuge de tête Rousse à 3100m d’altitude mais ce n’est pas pour nous.

Nous on passe la nuit au refuge du Gouter (3817m) que l’on aperçoit de temps à autre lorsque les nuages le permettent.

Il nous reste donc environ 700m de dénivelé avant de pouvoir se reposer…En même temps on pète la forme!
Notre guide nous fait enfiler nos baudriers et on s’encorde donc à trois avec une distance de 2/3m entre chacun de nous. Et je comprends maintenant pourquoi…glups… La dernière partie avant le refuge est une paroi de glace et de rochers qui offre un angle de près de 60, 65°.

Content de passer enfin à l’action, on se « jette » sur la paroi. Le guide est devant, suivi de Nanda, et moi en dernier. On dirait que Fred commence à se réveiller, quel rythme! Du convoi qui est parti du train ce matin, nous sommes en tête loin devant. Par contre, beaucoup de personnes ont dormi au refuge de tête rousse, et se retrouve donc à crapahuter au dessus de nous en nous envoyant blocs de glace et petites pierres qui dévalent la pente avec une sacrée vitesse!! Je comprends pourquoi on a des casques sur la tête.
La montée est épuisante. Le guide ne semble pas vouloir ralentir et augmente même la cadence au fur et à mesure! Avec Nanda, on ne compte plus les encordés que l’on double!
Il est vrai que la corde qui nous relie, pourrait être utile en cas de chute de l’un d’entre nous. Encore que je n’en suis pas persuadé! Vu la pente et le vide qu’il y a derrière nous, je pense plutôt que la corde ne va servir qu’à entraîner les deux autres!
En tous cas cette corde, et bien elle fait bien chier parce que toutes les 3 minutes, elle se prend dans nos crampons et manque de nous faire trébucher! Enfin, on est en train d’escalader le Mont Blanc, on ne va pas se plaindre non?!

Notre point d’arrivée approche. Le balcon du refuge au dessus de nos têtes nous nargue maintenant depuis une bonne heure et demie mais là, il ne reste plus que quelques dizaines de mètres avant le bon chocolat chaud!!
Notre guide est un taré! Il accélère encore! On est épuisé. Mon atroce mal de tête me permet d’oublier mon atroce mal de jambe. Nanda ne dit rien mais il n’en pense pas moins. On souffre, c’est ce qu’on voulait non?!

Dix mètres avant le refuge, voilà ce que nous dit Fred: allez les gars! On accélère un dernier coup pour doubler les gars de devant… ». A 10 METRES DU REFUGE QUOI !! IL NE POUVAIT PAS SE CALMER UN PEU NON !!
Bref on pose enfin les pieds sur la plateforme du refuge du gouter à 13h17. Nous sommes à 3817m au dessus du niveau de la mer et au dessus des nuages. On est fracassé. C’est peut-être le mal des montagnes, le froid, la fatigue ou les trois en même temps, mais j’ai mes tempes qui sont prêtent à exploser… mes jambes ne tiennent plus se qui ressemble à mon corps mais je suis content de pouvoir admirer le paysage qui s’offre à moi: une mer de nuages, c’est magnifique…

On a mis a peu prés de 3h45 pour engloutir les 1500m de dénivelé qui nous séparent du train à crémaillère d’en bas.
J’ai mal au crane, c’est atroce, je prends deux aspirines et mange une espèce de plâtrée de pâtes aux lardons… hum… miam miam !
Après ce divin repas, je file me coucher sur le bout de matelas qui m’est attribué… Nanda reste avec le guide à discuter. Fred lui a d’ailleurs dit, pendant que je dormais, qu’on l’avait vraiment impressionné parce qu’il est monté très vite, et à aucun moment on lui a demandé de ralentir…

Dimanche, 19h:

Un abruti me réveille en me bousculant le pied qui dépasse de ce lit gelé et pourri! C’est Nanda: « viens manger c’est l’heure… faut prendre des forces pour cette nuit ». Et oui en effet la dernière partie de l’ascension débute à 2h30 du matin.
Je m’extirpe de cet amas de couvertures et m’installe avec Nanda dans le réfectoire qui est blindé de monde! Au menu, si je me souviens bien, soupe, semoule/viande, et en dessert je ne sais plus…un flambi je crois. Haha, je ne sais pas pourquoi mais c’est vraiment débile comme nom, un « flambi »… ça me fais marrer!

Briefing avec le guide. Demain, levé à 2h00, on s’habille, on s’équipe, et on part dans la nuit pour 1000m de grimpe avant le sommet. Le bulletin météo pour demain arrive: grand beau temps / 100km/h de nord est !!!!!!!!!!!!! Fred nous fait comprendre qu’il y a de fortes chances qu’on n’atteigne pas le sommet…………… dégouté…………

Le soleil commence à peine à se coucher que tout le monde va dormir, il doit être 20h30 je pense. Alors là c’est le gros bordel, on se marche tous dessus et chacun essaye de se placer « confortablement » sur ces deux rangers superposées de matelas. Une fois tout le monde en place, avec Nanda, on a bien dû rigoler une bonne demi-heure à faire les cons, à faire des grimaces et à prendre des photos…

Dehors le soleil couchant laisse place à la lune, et nous offre un spectacle magnifique : une mer de nuages rougeoyants s’étalant jusqu’à l’horizon… La nuit s’annonce extrêmement belle…

Lundi, 1h45 du matin:

Nanda me réveille : « Il est deux heures moins le quart, on devrait se lever avant les autres et se préparer gentiment avant que ça soit trop le bordel ».
Incroyable, sans prendre le moindre somnifère et avec un froid de pingouin, on a trop bien dormi!! Et c’est tant mieux d’ailleurs parce qu’une longue marche nous attend.
Une fois habillé, direction la salle à manger, où les tables en chêne font encore office de sommiers pour les alpinistes ayant réservé trop tard. Hum…que ça doit être confortable!
On se pose dans un coin et on attend notre guide pour prendre le petit déjeuner. Ca y est, tout le refuge se réveille et c’est effectivement la panique! On a bien fait de se lever plus tôt! Dix minutes après voilà Fred. On engloutit trois tartines de confiture et un thé sans faire attention aux discussions environnantes qui prédisent qu’atteindre le sommet est impossible aujourd’hui…

Lundi, 2h45 du matin:

Nous voilà prêts, tout équipés: chaussures « coques », crampons, guêtres, baudriers, lignes de vie, piolets, gants, cagoules, masque de ski, 4 épaisseurs de vêtements et une lampe frontale. A l’extérieur, il fait -15°C!
Plusieurs encordés sont partis avant nous vers 2 heures du matin, et on aperçoit des chenilles de taches lumineuses se suivant au loin sur la pente enneigée.
Et nous voilà parti pour, si tout se passe bien, 1000 mètres de dénivelé avant le sommet. On passe une première petite colline de neige et on ne voit déjà plus le refuge.
C’est complètement surréaliste, on trace notre chemin dans la neige à prés de 4000m d’altitude dans un vent glacial et en pleine obscurité. Ca doit faire maintenant 30 minutes que l’on marche à la lueur de nos lampes frontales. Le guide est en tête, suivi de Nanda, et moi, je suis dernier de cordée.

Pour le moment, le vent n’est pas trop violent…tout en marchant, je retire mon masque, j’éteins ma lampe et jette un regard autour de moi… Je crois que cet instant précis restera gravé à jamais dans ma mémoire. La lune vient de disparaitre derrière l’horizon… Le ciel est magnifique, criblé d’étoiles, il illumine les montagnes alentour d’un pâle reflet argenté…C’est ça que je suis venu chercher ici, un sentiment de totale liberté au beau milieu d’un environnement immense, majestueux et dangereux… Il est 3h30, je marche dans la neige à 4000 mètres d’altitude, sur le toit de l’Europe, sous une voûte plus qu’étoilée. Il fait un froid terrible. Mais je suis le plus heureux du monde… loin de tout et de tous, surtout de tous… Loin des tracas, des embrouilles, des emmerdes, des soucis…loin du système… Quand, à ce moment, j’ai pris conscience de tout ça, je me suis surpris à sourire. Mais pas à sourire comme d’habitude…Un sourire incontrôlé, qui vient du plus profond de soi même… Un pur moment de joie intense et de liberté…Des instants comme celui-ci, croyez moi, on n’en vit pas assez dans nos vies…

Ca doit faire maintenant 1h que l’on est parti du refuge du Gouter et on commence à approcher le dôme du Gouter qui culmine à 4304 mètres. L’air se fait effectivement de plus en plus rare mais pour l’instant, je ne ressens aucuns maux de tête et aucune fatigue. Tout comme Nanda d’ailleurs qui, je le vois bien, aimerait accélérer le rythme. Mais bon, je pense que Fred sait qu’il ne faut pas trop s’épuiser car il ne faut pas oublier qu’une fois monté la haut, il faut redescendre dans la vallée… et tout en bas, à Chamonix! Soit 3800m plus bas!!
Comme pour la première partie de l’ascension, on double quelques encordés, ce qui nous motive encore plus.
Le vent commence à souffler fort…j’avais oublié…bulletin météo: 100km/h de nord… Par moment, les rafales soulèvent des nuages de neige qui viennent nous gifler le visage… Certains coups de vent sont si violents que ça devient difficile de tenir debout…

Nous voilà maintenant sur le dôme du Gouter à 4304m. Petite pause pour examiner la situation. Je demande à Fred : « Il est où le sommet ? »…
…« QUOI !!! »…
…« IL EST OU LE SOMMET!!! »…
Il me pointe du doigt une direction mais je ne vois rien…à bah oui…mon masque… Je le retire et regarde dans la bonne direction… Il est là…imposant et impressionnant! La vision est superbe, la constellation d’Orion surplombe le sommet du Mont Blanc… Il ne reste plus que 500m avant le sommet, et si le vent ne se renforce pas encore, c’est gagné!
On est reparti.
Malheureusement, on distingue plus haut des halos de lampes qui redescendent… La tension monte…
Quelques minutes plus tard et 100m plus haut on croise un groupe qui redescend : « LE SOMMET C’EST PAS POUR AUJOURD’HUI!! »…
(Ta gueule bordel!!!!)

Lundi, 4h30:

On arrive au refuge du Vallot à près de 4400m. Là, une petite dizaine de personnes attendent… comme si aller plus loin était impossible… L’expression sur le visage de Fred est très explicite… on n’ira pas plus haut… A l’intérieur de moi, j’explose, je suis plus qu’énervé. Nanda parait étrangement calme, sans doute apaisé par la performance que l’on a réalisé et le fait que sans cette météo, on aurait torché cette ascension du Mont Blanc… Mais je veux fouler ce sommet qui est juste là et Nanda aussi, je le sais!! « On ne peut pas tenter quand même la dernière partie? ». A notre grande joie et à notre grande surprise Fred accepte… Nous voilà repartis! Et étrangement, le groupe qui attendait là se met à nous suivre…

100m plus haut, vers 4500m, on doit passer dans une sorte de cuvette exposée plein nord… Et là c’est le drame, le vent, quand il est calme, nous balaye continuellement. Et quand il souffle en rafale, c’est-à-dire presque tout le temps, il nous force à nous tenir accroupi sinon… on s’envole! La montée est impossible, on n’ira pas plus haut…

J’ai compris pourquoi Fred nous a laissé essayer de faire la dernière partie… c’est pour nous montrer qu’il était vraiment impossible de faire le sommet dans de telles conditions.
On est donc retourné au refuge du Vallot, Nanda dégoûté et moi dégoûté et énervé… On est resté là à contempler ce géant qui se dressait juste devant nous à quelques mètres…il était 5h du matin, j’ai pris quelques photos avec un appareil jetable… d’ailleurs, les photos sont à jeter!… et on est redescendu…en 4h30.

Sylvain…

1 Réponse à “Mont Blanc 2006”


  • Qu’est ce t’as contre les « flambi » ? Moi je trouve ça bien comme nom !

    Tes récits me donnent envie de raconter nos expéditions en camping « sauvage » de ces derniers étés ! J’aime pas le terme « sauvage », car justement on n’est pas des sauvages, on laisse nos campements plus propres que quand on arrive…

    Bises,
    Ton grand frère

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